CHRONIQUES DE TOURNEE 2004

Chapitre 1

Comme dit Camille, nous faisons une tournée pharaonique: toute-en-camion.

A Jonzac, une palanquée de dessinateurs: Bridenne, Rousso, Loup, Laville et d'autres et surtout beaucoup de cognac. Autant dire qu'on a beaucoup sympathisé. Nous avons joué dans un petit bijou de théatre à l'Italienne construit en 1862 par des vignerons enrichis avant que le phyloxera ne ruine tout ce petit monde là. Un grand plaisir.
A Rions, nous avons joué dans un petit bijou de village avec des spectacles sur chaque place. Un public en vacances, qui savoure, une petite fille qui jouait avec son cochon d'inde, un orchestre de tango non dansant fabuleux, nos amis du spectacle banc Public, des moules des frites et un public enthousiaste. Dommage de devoir partir aussi vite.
A Bar le Duc, la grosse artillerie avec les Girafes de la Cie Off et Royal de Luxe himself. Renaissance c'est comme si les Scénomanies du Mans avaient continé à cotoyer le médiéval. Chacun son voyage chacun son rythme et déjà un public de + en + averti qui prépare ses petites fiches pour faire son programme. Ainsi fut-il dans la cour d'un ancien internant de jeunes filles. Des amis à tous coins de rue . Et la Grèce qui gagne à la fin... mais c'est une autre histoire...

Demain mardi nous sommes à Chambéry, le lendemain à Bourgoin, le 9 à Gap et le 10 à Voiron: des planches sur le pain...

 

Chapitre 2

A propos des 35 heures, rappelons cet immortel mot prêté aimablement au Baron Sellière: "Les 35 heures ? je suis pour ! ... tous les jours"

Suite de tournée à Chambéry où nous jouons dans une salle du parc des expositions à cause d'un temps chamboulé. Le clown Barth en première partie, nous avons l'impression de faire un gala de Noël. Et puis sur cette estrade comme un bateau ivre dans cet espace qui n'est ni salle ni rue. Un spectacle pour vacanciers mais surtout pour non-encore ou pas-du-tout vacanciers. Un public hérérogène qui s'est retrouvé dans un enthousiasme roboratif au final.

Le lendemain dans une cité de Bourgoin. Le public spécifique des cités, surpris, intrigué et finalement ça l'a fait.
"Ainsi fut-il" à Gap avec un public très nombreux -trop nombreux ?- qui nous attendait de pied ferme après notre passage de l'an dernier et qui nous a dit après que c'était encore mieux. Ce qui à l'heure actuelle représente pour nous le plus beau compliment.
A Voiron, place de l'Europe, quatre mamies terribles s'installent derrière nous et commencent à papoter pendant le spectacle. Le curé, avec sa fougue, les a vite remises dans le bon sens et, au passage, elles se sont attirées une belle ovation.
Du bonheur donc, des montagnes, des kilomètres et un public avide.

Le 13 nous jouons Ainsi fut-il à Lassay les Chateaux (mayenne) puis le lendemain à Chalon dans la rue le 14, 15 & 16 (le 14 c'est en avant-première). Le 17 c'est marathon avec une traversée de l'hexagone jusque chez les ventrachoux pour une rave paroissiale à ST Denis la Chevasse (85) : un nom de bled que nous aurions aimé inventer.
Et retour marathon le lendemain pour Ainsi fut-il à Buxy , tout près de Chalon.

Chapitre 3

Les autocars Tocard, en route pour Chalon avec la chorale à bord. Chalon ville de lumière, célèbre pour ses remparts et son fromage, le célèbre Perben de chèvre.

Un retour à la normalité, forcément décevant, après l'occupation artistique de l'année passée. L'hotel de ville où se poussait le cri est devenu aphone. Les rues sont revenues aux sandwichs et aux canettes.
Une AG d'intermittents cependant, qui ressemble à une assemblée de petits actionnaires, et où seuls les non-dits sont criants. Au bar pro, ça paonne doucement. Les enjeux sont lourds après une année lessivante.

On s'installe dans l'école du Centre derrière la mairie, avec un tas de compagnies pour la plupart totalement inconnues de nous. Chic une buvette! Shit c'est 2 € la bibine !
2 représentations par jour sont prévues: nous ne sommes là que pour deux jours.

Un public qui a légèrement maigri depuis les précédentes éditions. Et où, en ce qui nous concerne, les chalonnais sont légion.

Ainsi fut-il déroule sa fr(a)sque. On n'en parlera pas ici sauf pour dire qu'on était concentrés, qu'on y a pris et donné du plaisir, et qu'une petite rumeur favorable l'a accompagné .

Premier soir, Friches re-sort des tiroirs avec une nouvelle création en in, Macbeth. En échasses. Le problème des compagnies d'échasses c'est que quand elles attendent une critique de leur spectacle on leur donne plutôt un avis sur l'intérêt artistique de leur spécialité. ça doit miner in fine. Les échasses ne sont, convenons-en, que des scènes personnelles et mobiles. Le ministre est venu voir , accueilli par une bronca vengeresse, et sûr que s'il avait pu choisir l'inverse des échasses, il l'aurait pris. Un service minimum de la lutte intermittente -parce qu'elle le devient- sans inventivité, la somme de mille cris épars, genre: on ne pouvait pas faire moins mais on n'a pas fait plus. Les journaux en ont parlé et ça nous fait une belle jambe.

On a terminé tard du coup, trop tard pour les mondanités et après quelques verres, dodo.

Quasiment toutes les cies de la cour, sinon du festival, sont sonorisées maintenant et ça ne lésine pas sur les décibels. Peu à peu s'instaure entre les troupes de rue et leur public le fameux mur du son. C'est con. Et souvent très maladroit. On en utilise nous aussi, mais je souscris des deux oreilles , et ça devient urgent, à la demande de Daniel Domingo d'instaurer dans les festivals des espaces interdits aux sonos.

Du coup les djembés et les batucadas passent pour de la musique de chambre... et se raréfient.

Chapitre 4

Le jeudi à Chalon : homérique. A 18h un cagnard à vous bronzer les os. Heureusement, Martin eut la bonne idée de troquer son pistolet à eau contre un tuyau d'arrosage qui fut fort bienvenu. Le soir 23h30, la cour est noire de nuit et noire de monde. On attaque bille en tête et voilà que survient un grain (de pluie) et que ce grain grossit. Légère hésitation dans les rangs des spectateurs : je reste ou je pars ? ce qui n'est pas bon pour la concentration. Une partie est partie, d'autres se sont abrités, les autres sont restés, stoïques, et le grain a fini par disparaître.
Samedi matin tout le monde sur le pont. On quitte Chalon pour la vendée. Une trans-hexagonale de huit longues heures au terme de laquelle on débarque dans un petit bled à 15 bornes de la Roche sur Yon. Première du festival de St Denis la Chevasse. 130 bénévoles. C'est gratuit et encore tout petit. Une grande scène au bas d'une prairie. Balance à l'arrache et devant les spectateurs et 10 mn plus tard on attaque la rave - c'est le cas de dire- taïaut taïaut. Si nous étions fatigués, le public ne l'était pas et nous a porté de bout en bout. Si bien qu'on s'est retrouvés à la fin sur ce petit nuage qui récompense le comédien après un spectacle réussi.
Dimanche rebelote le minibus, rebelote les huit heures. On débarque à Buxy sous la pluie, crevés, teint grisâtre. Va-t-on monter le décor ? On hésite. On se boit du rouge de la région pour se requinquer. On décide de monter à l'occasion d'une éclaircie. La pluie revient en force. On range. Finalement on jouera un extrait de la rave sur le podium du festival avec rage et une envie de se défouler fort après ce long périple. La pluie est partie. Le public jubile. Nous allons mieux après. Les copains du S.N.O.B nous ont bien soutenus.
Retour à Chalon. Ne restent que des résidus du festival. Le temps est à la fête mais elle a du mal à venir. Dans la cour de l'est la sono hurle du Rock Beurk à vous assourdir avant même d'entrer. Mais il n'y a presque personne. Que des buveurs assommés. Les programmateurs sont déjà partis. Les artistes qui restent se retrouvent à l'abbattoir, sur ces rythmes technos si propices à la convivialité.
Il y a encore des sourires commerciaux, des sourires soulagés, les spectacles qu'on n'a pas aimés, qu'on a beaucoup aimés et tous ceux, l'immense majorité, qu'on a pas vus. Les gros sont contestés. Les petits chouchoutés ou franchement écartés. Déjà des noms circulent, affluents hésitants qui donneront la « rumeur ». Rumeur qu'on retrouvera sans doute intacte à Aurillac pour le deuxième tour de la foire du théatre de rue.

Le 23 on sera à Chateaudun pour y interpréter les Graaleurs, la marquise de Noutroy et les Incisives, et le 24 la Rave Paroissiale.

Bénies soient les tournées, même celles qu'on doit payer.

Chapitre 5

La dernière de Camille: "le mariage gay de Bègles est débouté. Il nous reste plus que les mariages tristes."

Chateaudun, petite bourgade de 15000 habitants au choeur de la Beauce et première été de programmation arts de la rue. Première journée avec du théâtre déambulatoire sur une place presque déserte (50 spectateurs environ) mais on s'y amuse bien. Le lendemain rave paroissiale kifkif: 50 spectateurs au début qui terminerons 300 à leur grande surprise. La preuve est faite: il y a un public pour la rue à Chateaudun mais il a besoin de grossir et surtout d'être mieux renseigné sur les horaires.

Cusset, c'est la petite banlieue de Vichy sans complexe. Depuis 5 ans, la municipalité à construit ,adossé au musée de Cusset lui-même installé dans un monument du XVème, un petit théatre de pierraille (il n'y a pas de verdure), croquignolet et convivial qui fait le plein de spectateurs à chaque programmation estivale, avec au moins 80% d'indigènes pas gênés pour deux sous et qui commencent à s'installer une bonne heure et demi avant le spectacle pour être sûr d'avoir une bonne place. Nous avions laissé un bon souvenir l'année passée avec la Rave, autant dire qu'on nous attendait de pied ferme pour Ainsi fut-il et que ce pied là nous l'avons pris gaillardement.
Le lendemain nous arrivons à Caen à la bourre suite à un malencontreux "ralongi" -le mot est du Père Tricot- qui nous a mis une heure dans les dents. Pas vraiment en retard mais quasi, on s'est habillé dans le minibus et débarquons ex abrupto sur une petite estrade sise au pied d'une mairie princière devant un parterre de spectateurs sagement assis et dont on se demande s'il n'attend pas un concert militaire. Ce ne fut pas le cas et la folie gagna, juste sous les fenêtres de Mme le Maire, dont l'humour n'est pas la qualité principale, mais heureusement elle ne s'en aperçut pas.
Et nous voilà en août. Je ne crois pas à l'innocence des mots. Il y a entre eux et notre inconscient un va-et-vient incessant très parlant comme n'a pas manqué de le remarquer un psychanalyste célèbre pour être situable dans l'espace mais pas dans le temps.
Et donc cet août français qui nous tombe dessus mérite bien sa ressemblance avec le "out" anglais qui nous met tous dehors.

En aout la france est en dehors d'elle-même, nichée sur cette planète vorace de plaisirs et de soins à soi-même: les vacances. Nous n'y échappons pas au sortir d'une tournée juilletiste fébrile et bien dense, avec une petite exception: Ainsi fut-il à Villefranche de Rouergue, le 6.

Et pourtant, après avoir été "out" pendant presque quinze jours nous serons "off" à Aurillac.
Si je puis me permettre: on ne sait plus où se mettre.

Jean Raoul